Stages de pêche brochets, sandres, perches et truites.


Jérôme BOUARD, guide de pêche diplômé, spécialiste de la pêche aux brochets et grands salmonidés sur les lacs de Naussac, Charpal et, Villefort.

Suivi piscicole de la retenue de Naussac 2019

Au mois de Juin dernier, 3 bateaux de l'AFB ont réalisé une pêche d'inventaire sur la retenue de Naussac à l'aide de filets maillants pendant une semaine. Cette pêche est la déclinaison locale d'une directive européenne, visant à mettre en place un réseau de surveillance du bon état écologique des milieux aquatiques. C'est la seconde fois que ce suivi est réalisé selon le même protocole, ce qui permet de comparer avec les résultats de 2012. En 1998, une pêche d'inventaire avait toutefois été réalisée avec un protocole différent. D'autres lacs sont ainsi suivi en occitanie, ce qui permet de comparer les résultats.

Je vous propose ici un résumé du rapport d'étude final dans lequel je décrit succinctement le protocole, la méthode d'inventaire, et rapide description du milieu. Vous trouverez plus de détails sur les résultats de la pêche et de l'évolution du peuplement piscicole de la retenue. Nous verrons également les limites de ce type d'inventaire, en se posant les questions du point de vue de la pêche et de la gestion piscicole.

MÉTHODE:

Démaillage des filets.

Deux types de filets ont été utilisés, les benthiques qui pêchent sur le fond, et les pélagiques qui pêchent à partir de la surface ou de la profondeur souhaitée. Les filets sont posés le soir et relevés le matin d'après un échantillonnage aléatoire des différentes profondeurs et milieux. En tout, 56 filets benthiques et 9 filets pélagiques (jusqu'à -42 mètres) ont été installés.

RÉSULTATS:

L'ensemble de la colonne a une teneur suffisante pour le maintien d'une vie piscicole. Elle se structure de la manière suivante: La température de surface est de 20°, un épilimnion de 14-15° entre 3 et 8 mètres, une thermocline entre 8 et 11 mètres et enfin l'hypolimnion est d'environ 11° jusqu'au fond. Le PH est basique.

Seules 7 espèces (+ hybrides) vont être capturées lors de cette pêche, alors qu'environ 17 espèces sont potentiellement présentes sur la retenue. Ceci s'explique en partie par la méthode qui exclue notamment la capture de brochets, carpes,..etc.

En tout 759 individus ont été capturés pour un poids de 120 kg. Les poissons ont tous été tués.

Filets totaux
Effectifs capturés Proportion (%) Biomasse (g) Proportion (%)
Brème bordelière 10 1,3 2432 2,0
Brème commune 54 7,1 41342 34,4
Gardon 198 26,1 24818 20,6
Grémille 326 43,0 1828 1,5
Hybride brème-gardon 37 4,9 9116 7,6
Perche fluviatile 42 5,5 8772 7,3
Ecrevisse signal 13 1,7 371 0,3
Sandre 79 10,4 31581 26,3
TOTAL 759   120260  

Les résultats montre que la biomasse est inférieure à Naussac que la moyenne des autres lacs du même type (Pareloup, ..). La biomasse globale est la même qu'en 2012, cependant le nombre d'individus est nettement inférieur avec une chute de 40%. La richesse spécifique a diminué malgré l'apparition d'une nouvelle espèce, la brème bordelière.

En termes de variations spécifiques d’effectif ou de biomasse, on note également que:

  • les grémilles et les sandres semblent avoir bien développés leur population, avec des effectifs et des biomasses en nette hausse entre 2012 et 2019 ;
  • dans le même temps, le nombre et la biomasse des gardons et perches fluviatiles a fortement chuté (avec respectivement moins 40% et moins 95% d’individus capturés, pour perte de biomasse de 35% et 61%) ;
  • les captures et la biomasse des brèmes (communes et bordelières confondues) sont sensiblement les mêmes ;
Effectifs capturés
2012
Effectifs capturés
2019
Biomasse (kg)
2012
Biomasse (kg)
2019
Brème bordelière 0 10 0 2,432
Brème commune 70 54 47,453 41,342
Chevaine 3 0 3,01 0
Gardon 329 198 37,933 24,818
Grémille 15 326 0,145 1,828
Hybride brème-gardon 0 37 0 9,116
Perche fluviatile 825 42 22,524 8,772
Ecrevisse signal 25 13 0,521 0,371
Rotengle 1 0 0,058 0
Sandre 11 79 1,933 31,581
Spirlin 1 0 0,006 0
Truite arc-en-ciel 5 0 3,41 0
TOTAL 1285 759 116,993 120,26

Toujours à titre de comparaison, une première étude ichtyologique avait été menée en 1998 sur la retenue de Naussac (IRZ et al, 1999) d’un point de vue qualitatif et quantitatif, à l’aide de filets maillants (filets verticaux et araignées multimailles) mais également à travers des campagnes acoustiques et de pêches à l’électricité. Les résultats de cette étude mettaient alors en évidence un peuplement constitué de 10 espèces, largement constitué par la perche fluviatile et le gardon (environ 90% des effectifs et 70% de la biomasse). Pour rappel, le couple gardon-perche ne représente plus que 30% environ des effectifs et de la biomasse en 2019.

La composition du peuplement semble donc avoir clairement évoluée en 20 ans, avec notamment 4 espèces recensées uniquement en 1998 (brochet, goujon, tanche, truie fario), et 7 espèces absentes de l’échantillon de 1998 et qui sont aujourd’hui bien représentées.

En 1998, des problèmes récurrents de recrutement étaient déjà mis en avant (en lien avec une forte prédation et/ou un problème de qualité du milieu), et le peuplement était qualifié de vieillissant avec une densité piscicole correcte.

Etat et composition des populations:

Les percidés (grémille, perche fluviatile et sandre) semblent toujours bien implantés dans ce plan d’eau avec 58,9 % des captures, ne représentant toutefois que 35% de la biomasse totale.

Les cyprinidés (brèmes, gardon et hybrides) sont également bien représentés au sein de l’échantillon. Ils représentent en effet 39,4% des individus capturés et constituent plus de 64% de la biomasse mesurée.

Il faut garder à l’esprit que certaines espèces (ou écostades) sont difficilement capturables par la mise en place de ce protocole, que ce soit à cause de leurs morphologies ou de leurs comportements (brochet…). Les espèces majoritairement capturées ont en commun une mobilité assez grande, des mœurs plutôt benthiques ou encore un comportement grégaire. Il en résulte qu’elles sont plus facilement capturables compte-tenu des types de filets utilisés dans ce protocole (filets benthiques fixes ne permettant que la capture des espèces évoluant entre le fond et 1.5 m au-dessus de ce dernier). Les rayons épineux des percidés peuvent également faciliter leurs captures.

Le gardon:

Le gardon constitue 26,1 % des captures et 20,6 % de la biomasse globale sur ce plan d’eau. Il est ainsi le 1er cyprinidé représenté dans ce plan d’eau en termes d’effectifs et le 2e en termes de biomasse. La population présente plusieurs cohortes facilement identifiables, avec notamment des individus juvéniles, signe que cette espèce trouve dans ce plan d’eau les conditions favorables à sa reproduction. Toutefois, les cohortes des juvéniles (1+ et surtout 0+) apparaissent déficitaires dans le cas présent.

La brème bordelière et la brème commune:

Les brèmes bordelières et communes représentent respectivement 1,3 % et 7,1 % des captures (pour près de 36 % de la biomasse totale). Les captures de brèmes bordelières ne concernent presque exclusivement que des individus adultes. Malgré des effectifs de capture plutôt modérés, la population de brème commune apparaît assez structurée, avec presque toutes les classes d’âges présentes (figure 10).

On note toutefois que les juvéniles sont très peu représentés dans l’échantillon alors qu’ils sont normalement prépondérants au sein d’une population équilibrée.

Comme pour le gardon, cette cohorte a certainement été sous-échantillonnée dans le cas présent du fait de la date d’opération qui coïncide avec la fin de la période de reproduction. L’hypothèse d’une faible efficacité de capture, en lien avec leur petite taille, peut ainsi être avancée.

Les « trous » dans la représentation en classe de taille peuvent toutefois témoigner d’un succès reproducteur plus ou moins important suivant les années.  Un chevauchement des niches écologiques de ces deux espèces (et donc une forme de compétition) pourraient en être la cause.

Cas des hybridations entre brèmes et gardon:

L’hybridation entre la brème commune et le gardon est assez fréquente. Elle aboutit à l’apparition de la brème de Buggenhagen (KEITH et al, 2011).

Dans le cadre de cette opération, la proportion d’hybride apparait toutefois comme importante (près de 5% du nombre total de capture et plus de 7% de la biomasse globale), au regard des résultats obtenus sur les autres retenues de la région.

Les percidès:

Le sandre et la grémille constituent des populations abondantes et souvent associées dans les grands lacs de plaine peu profonds. Cette association s’explique par la tolérance de ces deux espèces vis à vis des températures élevées et d’éventuelles dégradations du milieu comme c’est le cas dans certains lacs des Landes (CEMAGREF, 1986 in ARGILLIER, 2002).

La perche et la grémille, si elles sont également souvent associées, présentent pourtant des interactions qui peuvent être négatives (LORENZONI et al, 2007). En effet, ces deux espèces seraient en compétition d’un point de vue alimentaire (indice de chevauchement alimentaire relativement élevé).

Le sandre:

U

Dans le cas présent, le sandre est la 3e espèce représentée en termes d’effectifs (un peu plus de 10% des captures) et la 2e espèce en termes de biomasse (derrière la brème commune). Avec presque toutes les classes d’âge représentées, la population de sandre de cette retenue est structurée (figure 11). Toutefois, comme dans le cas des cyprinidés, les cohortes de juvéniles sont déficitaires. Le nombre d’adultes échantillonnés est toutefois relativement important (constituant un potentiel de reproduction assez conséquent). Compte tenu de ces éléments, on peut considérer que la population est bien implantée dans cette retenue.

La perche fluviatile:

La perche fluviatile représente 5,5 % des effectifs et 7,3 % de la biomasse observée lors de cette opération.

La structure de la population de la perche est proche de celle du sandre : tous les écostades sont présents, la cohorte des juvéniles est déficitaire mais plusieurs géniteurs ont été capturés.

Comme pour le sandre, on peut considérer que cette espèce trouve les conditions nécessaires à la réalisation de son cycle biologique dans cette retenue, bien que le nombre d’individus capturés est relativement faible au regard des résultats obtenus dans d’autres retenues de la région.

La perche fluviatile a été échantillonnée dans 17 filets benthiques (30%). La quasi-totalité des captures est intervenue à moins de 12 m de profondeur, plus particulièrement dans les strates « 3-6 m » et « 0-3 m ».

Les captures de perches sont intervenues préférentiellement sur la partie Sud / Sud-Est du plan d’eau.

Comme évoqué dans le cas de la brème et du gardon, un chevauchement des niches écologiques de ces deux espèces (et donc une forme de compétition) pourraient être la cause de cette répartition spatiale.

La grémille:

La grémille est très bien implantée dans cette retenue avec 43 % du total des individus capturés (1ère  espèce représentée dans ce plan d’eau en termes d’effectif). Sa population est particulièrement bien structurée et équilibrée. Cette espèce semble ainsi trouver des conditions particulièrement favorable au développement de sa population, d’autant plus que son introduction dans la retenue de Naussac est assez récente - apparemment absente avant 2000 et ne représentant qu’une faible part du peuplement en 2012.

  Des individus ont été échantillonnés dans presque toutes les strates de profondeurs (avec de fortes densités jusqu’à 20 m) et dans 75% des filets benthiques posés, témoignant de l’omniprésence de la grémille dans cette retenue.

L’écrevisse signal:

L’écrevisse signal ne représente qu’une part très minoritaire du peuplement échantillonné dans le cas présent (13 individus recensés en tout, représentant moins de 2% des captures et 0,3% de la biomasse globale). La prédation peut jouer un rôle dans la régulation des populations d’écrevisses (NEVEU, 2001) : les carnassiers peuvent exercer une pression importante sur les écrevisses. C’est le brochet qui semble être le prédateur le plus à même de réguler les populations d’écrevisses, suivi par la perche et le sandre.

Les témoignages locaux font également état de la présence de saumon atlantique dans ce plan d’eau (juvéniles d’une trentaine de centimètres, originaire du cours d’eau Chapeauroux).

D’une façon générale, plusieurs raisons peuvent expliquer la faiblesse ou l’absence de capture de certaines espèces dans les plans d’eau :

  • Certains habitats particuliers peuvent être sous-échantillonnés (cas des herbiers ou de la zone littorale.
  • Comme précédemment évoqué, les espèces à mœurs pélagiques ou sédentaires (brochet) sont potentiellement sous-évaluées ;
  • Le maintien des populations de certaines espèces ne peut être rendu possible que par l’intervention humaine (exemple : lâchers de truite arc-en-ciel).

CONCLUSION:

L’échantillonnage de la retenue de Naussac a été effectué du 17 au 21 juin 2019. Cet échantillonnage a été réalisé en posant 56 filets benthiques (entre 11 et 17 filets tendus au cours de 4 nuits consécutives) et 6 filets pélagiques doublés, en application de la norme NF EN 14757. La richesse spécifique rencontrée sur la retenue de Naussac en 2019 (7 espèces et des hybrides) est inférieure à la richesse moyenne observée à ce jour en appliquant ce protocole sur les plans d’eau RCS suivis par l’AFB.

De même, les rendements de pêche obtenus cette année sont inférieurs à la moyenne (que ce soit en termes d’effectif ou de biomasse), en comparaison de ceux obtenus sur les autres retenues RCS. Cependant ces résultats sont à comparer en tenant compte des conditions hydro-climatiques observées au moment des échantillonnages (et dans les semaines précédentes), ainsi que d’éventuels écarts de date entre les périodes d’échantillonnages (pouvant impacter notamment la capture des juvéniles).

Les percidés (grémille, perche fluviatile et sandre) semblent toujours bien implantés dans ce plan d’eau avec 58,9 % des captures, ne représentant toutefois que 35% de la biomasse totale. Les cyprinidés (brèmes, gardon et hybrides) sont également bien représentés au sein de l’échantillon. Ils représentent en effet 39,4% des individus capturés et constituent plus de 64% de la biomasse mesurée. L’écrevisse signal ne représente qu’une part très minoritaire du peuplement échantillonné dans le cas présent (13 individus recensés en tout, représentant moins de 2% des captures et 0,3% de la biomasse globale).

Si la biomasse globale obtenue cette année est sensiblement la même qu’en 2012, le nombre d’individus est bien moindre, avec une chute de 40% des captures par rapport à 2012. La richesse spécifique est également moins importante cette année malgré la capture d’une nouvelle espèce (la brème bordelière). En effet, 4 espèces recensées en 2012 sont absentes de l’échantillon cette année : le chevaine, le rotengle, le spirlin et la truite arc-en-ciel.

Cette étude de l'AFB (désormais OFB) vise t-elle juste? Pour moi, en partie seulement.

Elle est la déclinaison d'une commande de l'Europe et répond à un protocole précis. Elle n'a pas été faite, à ma connaissance, dans le but de proposer des mesures d'amélioration de la gestion piscicole, et personnellement, je trouve que c'est bien regrettable car nous pourrions disposer d'un outil de gestion remarquable.

Cependant, cet outil est exploitable en partie. Prenons l'exemple de la perche: Cette étude nous montre les choses de façon précise. C'est pour le démontrer que j'ai volontairement publié la carte, (on trouve également dans l'étude complète la profondeur de capture, la structure de population...à l'instar des autres espèces d'ailleurs). Cette précision des connaissances ne devrait-elle pas pouvoir trouver une déclinaison directe dans l'adaptation de la taille de capture et quota de capture pour les années à venir?

J'ajouterai également qu'il est regrettable que cette étude ne donne pas d'information sur le brochet, qui est pourtant l'espèce repère sur Naussac.

Halieu-éthiquement vôtre.

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